samedi 13 juillet 2013



Mali_Présidentielle : Des candidats, des promesses et de la faillibilité de l’Homme
Le 28 juillet prochain, les Maliens vont se rendre aux urnes pour élire un nouveau président et signifier son congé au gouvernement de transition et au « numéro un », le président intérimaire. Mais cette présidentielle, qui de l’avis général se tiendra sous de funestes auspices- il n’est pas besoin de consulter les astres pour le savoir avec la situation à Kidal, les difficultés liées à la carte d’électeur NINA…-, s’annonce serrée et promet un choc de titans. Inutile de dire, en effet, que lire la presse locale est à deux doigts de devenir un exercice énergivore pour ne pas dire énervant. Des colonnes entières y sont dédiées à l’exposition du programme politique de tel ou tel candidat. Regarder la télévision nationale aussi est pesant, car les mêmes candidats se succèdent dans la présentation de leur programme politique avec parfois des relents narcissiques. Des promesses encore et encore.
Aux yeux de tous ces candidats et de nombres de puissances occidentales dont la tenue de cette présidentielle à la date fixée est le souhait le plus ardent, la situation au Mali, notamment dans les régions libérées de la dure férule des terro-djihadistes, passe pour calme. Pourtant, les populations déplacées, pour la plupart d’entre elles, ne sont pas encore retournées, le MNLA à Kidal continue de jouer les Rambo et en est même arrivé à blesser à coup de cailloux des soldats dans les rangs de la MINUSMA et des forces française, l’administration y est toujours absente, la ville elle-même est le théâtre d’une tension entre ceux qui sont contents et ceux qui sont mecontents du retour de l’armée malienne. Tout cela ne représenterait qu’une goutte d’eau dans un océan. Le problème est ailleurs et clair : le Mali doit lutter contre vents et marrées pour tenir cette présidentielle à la date du 28 juillet. Preuve qu’il a le couteau sous la gorge. La course contre la montre est donc engagée.
Dans la démocratie représentative, la règle veut que les candidats partent à la rencontre des électeurs à qui ils exposent leur programme politique en période de campagnes électorales. Libre aux électeurs de jeter leur dévolu sur un candidat, qu’ils jugent en capacité d’apporter une réponse aux problèmes qui les assaillent. Et le Mali est à cette étape, d’où le déferlement des candidats sur les écrans de la télévision nationale et les déplacements dans les villes éloignées de la capitale. Sauf que dans ce pays, cet exercice semble dénué d’intérêt en  ce sens que les gens s’identifient plus à un parti politique qu’à un programme politique qu’ils sont incapables de comprendre. Ils n’y voient que du chinois ! Mais il n’empêche. Chaque jour, on les entend, les candidats, faire des promesses mirobolantes qui font danser dans leur orbite les yeux des électeurs naïfs à mort. Ce qui frappe en écoutant ces candidats, c’est le fait que la crise sécuritaire et institutionnelle qui a secoué le pays est brandie comme un prétexte standard dont ils usent pour justifier leur candidature. Ici on promet d’adapter le système éducatif aux enjeux du moment, là on promet  de donner un souffle nouveau à l’économie, de former un nouveau type de malien… Il va sans dire que le paysage politique a explosé, des nouveaux partis (alimentaires ?) ont vu le jour et se sont lancés à la conquête du fauteuil présidentielle.
S’il y a aujourd’hui quelque chose d’assez irréfléchie dans les discours politiques et qui discrédite de plus belle la démocratie elle-même, ce sont bien sûr les promesses qui meublent le programme politique des candidats. Cela est d’autant plus vrai dans le cas malien que ceux qui promettent sont, en gros,  tristement connus comme le loup blanc pour avoir fait, par le passé, des promesses dont ils se sont foutus comme de leur dernière chemise. Alors, pourquoi continuer de prendre les électeurs pour des naïfs, des idiots et que sais-je-encore en leur faisant des promesses que vous n’aurez pas l’ombre de la peine à balayer d’un revers de manche une fois au pouvoir ? Et l’on en vient même à se demander si tout cela est bien sérieux, à moins qu’il ne soit du tout n’importe quoi. Le peuple n’est pas un de ces enfants qui obéissent au doigt et à l’œil au nom de promesses qui relèvent souvent de vœux pieux. Encore moins un chien qui aboie et à qui il faut jeter en pâture une promesse de morceaux de viande.
Il est clair que tout cela traduit aussi un oubli, grave, d’un principe destiné à amener l’Homme à prendre conscience de sa faillibilité, son insignifiance. Aucun homme n’est infaillible. Et les maliens ont tout avantage à éviter l’homme le plus parfait pour choisir le moins parfait…
Boubacar Sangaré                 

jeudi 21 février 2013


Vente et expropriation du marché de kalaban-coro
Où en est-on et que dire trois ans après ? 
Il y a bientôt une année, le quotidien Les Echos a publié un article destiné à ameuter l’opinion publique nationale sur le problème de la vente du marché principal de kalaban-coro. Intitulé ‘’Kalaban-coro, le maire dans le collimateur de l’UACDDDD’’, l’article mettait au courant de la relation terriblement tendue que le maire, Issa Bocar Ballo, entretient avec les populations. La toile de fond de la situation n’est autre que l’accaparement du principal marché par le maire et sa clientèle pour en faire un fonds de commerce.
Comme nombre d’habitants ou d’amis, il y a bien longtemps que je crains que cela ne débouche sur une telle situation dont les populations de kalaban-coro sont les seules à faire les frais. Pour moi, ce qui s’est passé à kalaban-coro le jeudi 25 mars 2010_ une véritable répression dans la violence du vent de contestation soulevé par les autochtones opposés au projet véreux du maire_ mérite d’être compulsé, ausculté tant l’horreur et l’impensable ont été grands : des familles entières ont été humiliées, violentées par les forces de l’ordre déployées pour la circonstance, des jeunes tabassés à sang et laissés pour mort, des mères innocentes jusqu’au bout ont été malmenées. Des scènes qui rappellent l’époque coloniale et qui ne sont pas loin de dépasser en horreur la répression malgache de 1954.  Le plus frappant c’est que le gros des gendarmes qui se sont rendus coupables  de tels actes de barbarie réside dans la même commune de kalaban-coro !
Aussi-faut-il relever qu’il en a résulté une profonde dégradation du tissu social dans le quartier appelé ‘’Dougoucoro’’, l’ancien village, où habitent les autochtones. De fait, il ne fait aucun doute que le projet du maire a déchiré ces familles autochtones qui, aujourd’hui, ne s’aiment plus, ne se fréquentent plus les unes attendant les autres au tournant. Et, disons-le sans hésitation, la réussite du maire à mettre en exécution son projet tient au soutien par une lâcheté intéressée dont il a bénéficié de certains autochtones qu’il a aveuglés et dérangés…par l’argent. Aujourd’hui, la magnitude de la division est telle que certains autochtones sont défendus de rentrer dans certaines mosquées, ne sont plus assistés par leurs frères et amis dans les moments quand il y a une cérémonie heureuse ou malheureuse chez eux… Même des frères de laits se sont tourné le dos !
Bien entendu, il n’y a pas que cela. Depuis qu’il occupe le fauteuil de maire de la commune de kalaban-coro, Issa Ballo n’a rien fait qui soit au dessus. Le jeudi 25 mars 2010, le marché principal de la commune a été mis en bouillie ; à la place des hangars ont poussés des immeubles appartenant à des conseillers, des opérateurs économiques et à des cadres du pays venus de nulle part, tandis que, grande injustice, les hommes et femmes qui vivaient dans ce monde de débrouille qu’est le marché, occupent les espaces publiques de la jeunesse. De plus, la municipalité n’a toujours pas achevé de reconstruire le marché, les travaux ont été interrompus il y a belle lurette, et les difficultés financières avancées par le maire n’ont pas recueilli l’adhésion des populations. La situation reste bloquée, les haines croissent, les désirs de vengeance se nourrissent…le maire est déboussolé nonobstant les réunions qu’il multiplie avec les autochtones qui s’étaient opposés au projet et qu’il incite à lui faire allégeance. Mais rien à faire.
Certes, la volonté du maire Issa Ballo de faire amende honorable ne souffre aucun doute. Mais encore une fois, il n’existe pas de pardon sans justice. Des chefs de famille, des jeunes, des mères ont été violentés le jeudi 25 mars 2010, au mépris de tout droit relatif à la personne humaine, dans le seul dessein d’assouvir le désir d’un maire affairiste. Le jeudi 25 mars 2010 restera une date mémorable pour les populations de kalaban-coro. C’est une journée sur laquelle on pourrait écrire des romans, des chroniques, des chansons sans l’épuiser.
Mais le plus important enseignement à tirer de cette situation est que, finalement, la décentralisation au Mali n’est qu’un grand mot ; elle n’a jamais existé. Quand le fauteuil de maire n’est convoité qu’aux seules fins de se faire les poches et bâtir des gratte-ciel, c’est qu’il y a problème. Et quand presque toute une commune accepte et supporte sans broncher les caprices et les fantasmes d’un seul homme, c’est qu’il y a un autre problème. Alors, bien sûr, il faut ajouter que partout au Mali, la politique de décentralisation a été vidée de son sens par ceux à qui il revient le rôle de la mener. Les failles n’y manquent pas.
Boubacar Sangaré